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INTERVIEW AVEC DRAAGU

ON EST FAN

Bonjour Joan – Tu es le fondateur de la startup innovante Draagu : si tu devais expliquer et décrire Draagu en trois mots ?

« Make Images Agile » : rendre les images agiles !

Comment est-ce que tu as eu l’idée de Draguu ? Quelle a été ta source d’inspiration ?

C’est mon parcours professionnel ! J’ai à la fois un background d’ingénieur et j’ai aussi travaillé 10 ans comme photographe professionnel. J’ai donc en moi la partie artistique, avec la photographie, et la partie chiffres, avec une bonne dose de mathématiques.

L’idée originale de Draagu était de permettre aux gens de vendre les photos qu’ils ont dans leur smartphone, via une application. À cet effet, on a d’abord développé des modèles d’intelligence artificielle, puis on a grandi assez vite avec à peu près 100 000 personnes qui l’utilisaient. […] Maintenant, nous avons toujours cette application où les utilisateurs peuvent donner accès à leurs photos « selfies ». Nous avons également développé une plateforme, qui donne la possibilité de choisir et changer les visages dans des photos, avec une qualité permettant un usage en communication.

Depuis combien de temps existe donc Draagu ? Et quelle est donc votre nouvelle « Unique Selling Proposition » ?

Draagu est né lors de l’été 2017. À l’automne 2018, on s’est aperçu qu’il y avait un nouveau besoin clairement identifié : le droit à l’image.

Il y a en effet de plus en plus d’agences qui vont chercher des photos prises par des non-professionnels : soit dans des stocks, soit à partir des réseaux sociaux. Acheter le copyright du photographe, c’est facile ; en revanche, avoir les droits des personnes qui figurent dans les images pour un usage commercial, c’est hyper difficile. Nous avons résolu ce problème avec Draagu.

D’un côté, les utilisateurs donnent accès à leurs photos « selfies » et sont payés pour ça, et de l’autre nous avons une base de données d’à peu près 100 000 visages disponibles, avec tous les droits.

Les clients sont alors libres d’intégrer le visage qui correspond le plus à leurs besoins éditoriaux, tout ceci avec la garanti qu’il n’y aura aucun problème légal.

Si je comprends bien, le service est donc désormais tourné vers les professionnels ?

Nous faisons uniquement du B2B : nous proposons un outil qui transforme et simplifie ce qui est aujourd’hui artisanal, lent, et local : la post-production des photos. 

Quand tu as besoin de modifier une image, tu dois normalement briefer un freelance ou une agence pour lui dire ce que tu veux.

Nous, nous simplifions cette étape en la transformant en quelque chose de rapide, ludique et facile. Nous appliquons nos modèles d’I.A, pour permettre l’adaptation de tous les visages qui se trouvent dans les photos, selon les besoins des clients et tout cela toujours en garantissant que les images seront libres de droits. […] 

Quelles sont donc les étapes nécessaires à l’utilisation de Draagu ?

Tout se fait online : vous téléchargez des photos, vous sélectionnez les visages que vous voulez changer, et décidez ensuite de l’évolution souhaitée de ces visages : quel âge, quel type, quelle expression… ? Vous recevez le résultat à peu près 8 minutes après.

Les professionnels peuvent-ils donc vous donner toutes les directives directement sur le site, sans passer par le téléphone ou le face-to-face ?

Exactement. Vous droppez vos photos, vous sélectionnez les visages, vous paramétrez les visages selon des variables déterminées, et quelques minutes après, vous avez votre nouvelle photo en full définition, pour l’usage que vous souhaitez. 

En tant qu’utilisateur, on peut donc donner accès nos photos via l’application mobile. Peut-on choisir les photos que l’on souhaite soumettre ?

Oui, on ne peut pas demander aux gens d’exporter toutes leurs photos dans le Cloud : en effet, les gens ne nous connaissent pas, et à raison, ils se disent, « peut-être que vous allez utiliser mes photos sans que je sois au courant ou pour des choses que je ne souhaite pas ». Tout se fait « on device » sur le smartphone. L’application va analyser les photos que vous avez faites et vous dire « ces photos-là, est-ce que vous voulez nous y donner accès ? ». Ensuite, vous validez et nous téléchargeons les photos dans notre base.

En naviguant un peu sur le site web, j’ai cru comprendre que les utilisateurs avaient aussi la garantie de préciser leurs prérogatives pour l’usage de leurs images personnelles.

Nous avons deux manières de sourcer les visages :  lors de shootings professionnels, avec des gens qui vont poser à peu près 1 heure, tourner dans la tête dans tous les sens, sourire, avoir l’air surpris ou furieux : on leur demande de simuler plein d’expressions. Nous faisons à peu près 1000 photos par personne, dans toutes les conditions de lumières et avec une multitude d’expressions faciales. On a 3000 nouvelles photos issues de shooting « pro » qui rentrent aussi chaque jour, et qui vont permettre un usage Print. Les personnes concernées signent une cession de droits, où elles vont communiquer pour quel type d’usage elles autorisent l’utilisation de leurs photos. Nous les rémunérons pour poser puis, à chaque usage de leurs images, elles sont payées à nouveau.

 

La deuxième façon de sourcer nos visages, ce sont les 100 000 utilisateurs de notre application mobile. Tous ces utilisateurs ont énormément de selfies dans leur smartphone, et on leur propose de nous y donner accès pour les utiliser sur le web. De la même manière, ils peuvent spécifier leurs préférences et sont rémunérés à chaque utilisation. 

Pour les shootings, ce sont les mêmes personnes que celles qui se sont inscrites en ligne sur l’application ?

Non, nous passons des annonces dans différentes applications qui proposent des petits boulots. À chaque fois que ces photos sont utilisées, ils reçoivent un email et sont payés.

Ce concept est donc hyper avantageux tant pour les utilisateurs privés que pour les professionnels.

Exactement. Les utilisateurs de l’application sont rémunérés entre 5 à 20 euros à chaque usage. Quant aux professionnels, ils règlent le problème de droits à l’image, donc c’est un gain de temps. C’est aussi un gain d’argent, car ils réduisent les coups de shooting : un shooting avec un mannequin, c’est normalement à peu près 1000 euros par jour avec 2000 ou 4000 euros de cessions de droits.

Dans notre cas, vous n’avez pas à payer les cessions de droits : vous pouvez même shooter avec les gens de l’agence ou les employés des clients. Dans ces cas-là, on passe de 5000 à 500 euros : on divise par 10 les couts !

Ce qui est pratique pour les professionnels, c’est la possibilité de versionner une photo pour voir quelle est la version qui fonctionne le mieux : celle qui va générer le plus de clics. Est-ce que c’est l’originale ? Celle avec quelqu’un de plus âgé ? Celle avec un visage de type latino ? On peut savoir cela en un seul clic.

Vos clients se trouvent-ils majoritairement en Espagne et en France, ou un peu partout dans les villes Européennes ?

La vision globale, à long-terme (pour une startup, du long-terme, c’est 2 ans), c’est de travailler avec les agences mais aussi les corporates et les stocks d’images partout dans le monde. Nous sommes un Saas « Software as a Service » : en ligne et accessible par tout le monde. Avec Draagu, il n’y a pas de barrière de langue, ni de barrière géographique. Le site existe en anglais, en français et en espagnol.

Et quelle est l’ambition de Draagu ? Comment voyez-vous la startup évoluer en termes de business ?

Les agences, les corporates et les stocks sont nos trois cibles : l’idée est de commencer à aller les rencontrer, et de leur proposer de travailler avec nous, sans avoir à se déplacer. Qu’ils soient chez Getty Image ou Shutter Stock, le but est qu’ils puissent paramétrer les photos comme ils le souhaitent. Les stocks perdent en effet plein de clients, car beaucoup de gens passent trop de temps à chercher une image, et celle qu’ils trouvent ne correspond pas toujours précisément à ce qu’ils ont en tête. Les stocks reçoivent aussi énormément de photos à usage éditorial, et les photographes n’ont pas la cession de droits à l’image des personnes. Si on règle ce problème (et nous, on le règle !), toutes ces photos-là peuvent être vendues pour un usage commercial. C’est donc plus de ventes pour le stock, plus de ventes pour le photographe, et davantage de choix pour le public.

Quels sont vos principaux clients aujourd’hui ? Peux-tu nous donner quelques noms d’agences avec qui vous travaillez régulièrement ?

Nous travaillons avec deux agences espagnoles : Crescendo et Adsmurail. Depuis le lancement du nouveau service, de nouvelles agences qui testent Draagu, comme Havas et BETC. 

C’est nouveau, donc ils ont envie d’essayer. Il y a un « free-trial », essai gratuit où ils reçoivent la photo avec des « electronic water-marks », vignettes sur la photo qui ne leur permettent pas de l’utiliser commercialement mais qui leur donnent une idée de la qualité du changement de visage. S’ils veulent l’acheter ensuite, nous pouvons mettre en place un abonnement ou des coupons, si par exemple les agences veulent faire quelques utilisations sans « water-marks ».

Qui sont vos concurrents directs sur le marché actuel ? Existe-t-il une autre startup qui propose des services réellement similaires ?

Avant, nous étions distributeur de photos : nous avons arrêté pour des contraintes techniques et parce que c’était un secteur très encombré, avec des acteurs bien installés… Aujourd’hui, nous proposons un service aux professionnels qui ont besoin de photos pour les adapter à leurs besoins éditoriaux. Nous ne sommes plus en compétition avec Getty Images ou Shutterstock, nous souhaitons qu’ils deviennent nos clients, nos partenaires. L’objectif est de les aider à vendre plus : cela change complètement le paradigme.

Ceux qui font ce qui se rapproche le plus de ce que l’on fait nous, ce sont des agences de post-production classiques, ou les freelances qui font de la retouche. Mais c’est un travail manuel et lent. Ces gens-là doivent modifier les images avec des outils comme Photoshop ou Lightroom, et ils doivent aussi prendre du temps pour trouver eux-mêmes ces visages. C’est aussi local : il n’y a pas de compétition et les prix sont très élevés.

Draagu a pour ambition de résoudre tous ces problèmes-là : proposer une technologie qui est dans le « workflow » de travail des agences et des clients, qui soit rapide, utilisable partout dans le monde, avec des prix bas.

Nos concurrents, ce sont aussi les applications de FaceSwap, mais elles ne sont pas faites pour un usage commercial. 

Et Draagu, c’est combien de collaborateurs ?

Nous avons 2 développeurs full-stack (1 front-end, et 1 back-end), 2 PHD en intelligence artificielle, 1 personne en marketing employée à plein-temps, et nous allons avoir un Sales à plein-temps. Avec moi, ça fait 7 au total.

Êtes-vous tous dans les bureaux Barcelonais ?

Nous y sommes tous, à l’exception du nouveau commercial. La team se compose d’espagnols, français, suisses, indiens et argentins. 

Un beau mélange culturel ! Et pourquoi Barcelone d’ailleurs ? Parce que tu es français à la base non ?

Oui, je suis français « pur-souche ». J’ai grandi dans un petit village de 500 habitants jusqu’à mes 18 ans et ensuite j’ai vécu à Grenoble, à Lyon, et à Turin. Je suis venu à Paris pour bosser, parce que je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire et j’ai été recruté dans un cabinet de conseil dans la finance pendant 4 ans. Je suis resté 15 ans à Paris et c’est ce qui m’a permis de devenir photographe. J’ai développé une passion pour la photographie quand je suis arrivé qui m’a amenée à démissionner pour devenir photographe.

Je suis finalement allé à Barcelone car c’est agréable et facile. Ce que je n’avais pas anticipé mais qui est bien pour Draagu, et comme quoi la vie fait bien les choses, c’est que Barcelone est en train de devenir un gros Hub Tech en Europe : la ville est 3ème ou 4ème ville après après Berlin, Dublin, Paris…  Et elle peut même attirer des talents qui sont ailleurs en Europe, du fait de la qualité de vie. 

Donc Barcelone a une plus grande scène Tech que la capitale espagnole ?

Oui, vraiment. J’adore Madrid et je préfère certainement la vie là-bas, mais dans ce milieu de startup Tech, Barcelone est plus intéressante.

Merci pour cette interview ! On va suivre de près les actualités de Draagu.

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